Rendre un hommage à la Reine...

Cela faisait 14 longues années que je n'avais pas rendu visite à la Paglia Orba, la Reine des montagnes Corses. Depuis 3 ans, je promets d'emmener Nathalie visiter ce superbe sommet, en gravissant l'impressionnante face Nord-Est. Cette fois-ci, c'est la bonne, la météo est avec nous, et grâce aux bons conseils du collègue et ami Cédric Specia, nous sommes parés et bien light: micro-sac et corde de 30m, de quoi prendre du plaisir sans châler des chargements immenses comme l'intégralité des randonneurs du GR20 que nous croiserons au retour...

La course s'effectuera depuis Zonza en aller-retour, ce qui constitue en soi une performance (De fatigue inutile ? De non intelligence ? De conduite ? A vous de choisir !)...

Nous gravirons la voie "Finch", un itinéraire audacieux, chargé d'Histoire, et tout à fait d'actualité pour ce qui est une voie d'alpinisme complète si, comme les premiers ascensionnistes, nous gravissons l'intégralité de la face Nord-Est. En avril (!) 1909, il fallait le faire ! Aujourd'hui, sur un caillou sec et avec du matos moderne, ne reste que le grand plaisir de grimper dans cette face immense et l'admiration pour ces pionniers venus ici s'entraîner avant de grandes réalisations himalayennes !

Flamboyante Paglia ! Entre objets solaires, on se comprend ! :)
Levé à 3h15, départ à 3h30, nous décollons de la fin de la route goudronnée après Calasima à 6h30 après une tentative infructueuse d'aller plus loin sur la piste avec la Skoda de Nathalie. La perspective d'une heure de marche supplémentaire le matin et le soir n'entament pas la bonne humeur de votre serviteur !
Le jour se lève, l'éclairage rouge feu se mue en doré. Un spectacle indéfinissable. D'ici, on voit tout l'itinéraire, de la sortie de la forêt (lac de la Paglia Orba) jusqu'au sommet, 1000m au total dont 500 comportant des difficultés (fin du socle + voie)
La Reine se regarde dans le miroir du lac de la Paglia Orba. Majestueux.
Le socle se raidit et s'avère bien complexe, en termes de navigation et de dangers objectifs. Pour moi, le crux de la course, c'est là !
On sort la corde dans le socle. Ai-je optimisé le tracé dans ce bouclier immense ? Probablement pas totalement mais ça passe un peu partout en étant concentré
Nath tout près de l'attaque
Ca y est, on est dedans. On se sent bien mieux protégés que dans le grand socle ! La rhyolite est d'excellente facture et les protections se posent facilement. Le matos ? 30m d'attache, un jeu de Camalots du 0,3 au 3, 3 sangles buste double, 4 dégaines.
Vue imprenable sur les Cinque Frati, le lac de Calacuccia, et ma Castagniccia adorée ! 
Le Cintu est peut-être le plus haut mais ce n'est pas le plus grand, ni le plus beau !
Nathalie se régale dans le "S" sous la vire Finch
Un premier "crux" pour arriver à la vire. Tout fait en baskets mais il faut avoir un peu de marge pour négocier quelques petits pas plus coriaces...
Au dessus de nos têtes, la Paglia en impose...
Nath sur la célèbre vire Finch, élément clé de l'itinéraire qui permet de garder des cotations abordables dans une face d'une telle raideur
Ombre et lumière sur la vire...
Nathalie en termine avec le petit mur raide, crux de l'arête S une fois dépassée la brèche des Anglais. Superbe escalade
Dernière longueur grimpante de l'arête S, une belle cheminée suivie de quelques mouvements sur des tafoni
Sommet ! L'heure des sandwiches au clakos et de la contemplation !
Heureux d'être là, tout simplement !
Le Tafunatu, autre montagne mythique du coin
Descente à pied et sans corde par les cheminées d'hiver, itinéraire astucieux et rapide pour regagner le col de Foggiale... Pied alpin recommandé cependant
I Cinque Frati, a prossima volta...
Après de longues heures à marcher et grimper dans des baskets ajustées, imaginez le plaisir !
Vasques superbes à proximité des ruines des bergeries de Prugnoli... Je me fais la promesse d'y emmener un jour mes enfants
Sur les conseils du local de l'étape, Laurent Acquaviva, brochettes de poulet mariné et frites maison à la Brasserie de Calacuccia. Merci au patron pour la tournée de myrte et de clémentine avant de reprendre la route :)

Anu da vultà...

Derrière ce clin d'oeil au célèbre titre des Muvrini se cache un espoir personnel et égoïste. Celui de voir revenir mobilité, confiance, force, et performance dans un bras gauche plutôt mal en point depuis quelques temps. Oui, "ils vont revenir", tous ces atoux pour bourriner dans les dévers aux portes du 8ème degré ! A la fameuse épitrochléïte qui partage ma vie en gangrénant mon coude gauche depuis plus de deux ans vient s'ajouter une belle petite alerte à l'épaule, faisant remonter à la surface de mauvais souvenirs de luxations (j'étais jadis un malheureux "spécialiste", si j'ose dire, avec les deux épaules opérées d'un Latarjet en 1995 puis 2001)...
Pour finir, le soleil et les températures clémentes ? Anu da vultà anc'elli... Les grosses chaleurs et les rayons dévastateurs de l'astre du jour ont fait place à un Libecciu bien tenace, flanqué d'un mercure bloqué dans le bas du thermomètre...

Bref, retour en douceur à l'activité verticale avec Nathalie pour son séjour annuel sur l'île de beauté. Pour commencer le stage, des voies superbes mais courtes, afin de tester les articulations "en douceur" d'une part, et pour éviter les averses et orages parfois violents qui s'abattent sur l'Alta Rocca d'autre part, et ceci sur une base quasi-quotidienne !

La Corse, l'automne, l'escalade... Trois passions dans ma vie !
Jogging (prononcez "yoggin") Domyos et Tshirt Tex, les pieds scotchés sur du granite insulaire, le L est dans son élément 
Balade verticale pour que Nathalie se déplie les jambes en descendant du bateau
Vue de malade au menu...
Magnifique, tout simplement
L'été à Bavella, c'est pour l'instant terminé ! Et on passe direct à l'hiver sans s'arrêter sur la case automne...
Ombres rocheuses...
Majestueuse immensité...
Jour suivant, direction le chaînon Sud, Nathalie s'offre une petite course d'application en grimpant en réversible et en gérant la descente... Premiers pas en tête et en "trad" pour elle, bravo !
C'est parti !
Relais d'école dans une fissure franche 
Ca grimpe
Sommet, vue imprenable...
Le lendemain, avant l'orage, direction la Punta Macao et le Pilastru di l'Alba pour profiter à fond avant les intempéries. La vue est toujours hallucinante, évidemment !
Du caillou exceptionnel, cela va sans dire !
De la fissure...
... des tafoni...
... de la dalle, c'est complet !
Baaase pour une seconde grande voie
Pour se refaire, rien de tel que de la bouffe de bobo-homo-parigot ! Spéciale dédicace...
Fin de journée avec un "footing" à la Croce Leccia pour une voie peu soutenue mais très jolie 
Beau petit itinéraire
Les couleurs uniques au dessus de la Vacca, c'est un classique mais que c'est beau ! 
Nathalie se gave sur un caillou démentiel 
Le plaisir du geste !
Tout au fond, dans le dernier bief glacé de la Vacca, on distingue le groupe d'Adrien Boulon, croisé le matin. Si j'avais su qu'il ne verrait pas le soleil de la journée, je ne l'aurais pas autant charrié au parking :-)